La question que presque personne ne se pose avant de prendre sa retraite au Portugal
Pendant des annĂ©es, le Portugal a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme l’Eldorado des retraitĂ©s français. Climat agrĂ©able, coĂ»t de la vie attractif, sĂ©curitĂ©, gastronomie, proximitĂ© avec la France… Les arguments sont nombreux.
Avant de franchir le pas, la plupart des futurs expatriĂ©s passent des heures Ă comparer les impĂ´ts, les prix de l’immobilier ou encore le montant des pensions. Pourtant, une question essentielle reste souvent dans l’ombre.
Et si, dans dix ou quinze ans, vous n’Ă©tiez plus autonome ?
Cette interrogation paraĂ®t lointaine lorsqu’on prend sa retraite Ă 62 ou 65 ans. Pourtant, elle peut complètement changer la rĂ©ussite d’un projet d’expatriation.
Une retraite ne dure pas seulement quelques années
Beaucoup imaginent leur retraite comme une longue pĂ©riode de voyages, de restaurants en terrasse, de balades au bord de l’ocĂ©an et de journĂ©es ensoleillĂ©es.
Mais les statistiques montrent une autre rĂ©alitĂ© : un Français qui part aujourd’hui Ă la retraite peut vivre encore vingt Ă trente ans.
Autrement dit, votre projet ne concerne pas uniquement les cinq premières années où vous êtes en pleine forme. Il concerne aussi vos 75, 80, voire 90 ans.
C’est prĂ©cisĂ©ment cette deuxième partie de la retraite que beaucoup oublient d’anticiper.
Le Portugal est parfait… tant que tout va bien
Lorsque l’on est autonome, vivre au Portugal est souvent très agrĂ©able.
Faire ses courses, conduire, découvrir de nouvelles villes, recevoir sa famille ou profiter des plages devient rapidement un nouveau mode de vie.
Mais la situation peut évoluer rapidement après un problème de santé :
- une chute ;
- une opération ;
- une maladie chronique ;
- une perte progressive de mobilité.
À ce moment-là , les critères qui semblaient secondaires deviennent soudain essentiels.
Le logement possède-t-il un ascenseur ?
Le supermarché est-il accessible à pied ?
Y a-t-il un médecin parlant français à proximité ?
Les enfants peuvent-ils venir rapidement ?
Autant de questions rarement posées au départ.
Qui sera rĂ©ellement prĂ©sent le jour oĂą vous aurez besoin d’aide ?
Voici probablement la question la plus importante.
En France, mĂŞme lorsque les relations familiales sont espacĂ©es, il est frĂ©quent d’avoir :
- un enfant Ă moins de deux heures de route ;
- un frère ou une sœur ;
- un voisin connu depuis vingt ans ;
- un médecin traitant de longue date.
En s’installant Ă l’Ă©tranger, ce rĂ©seau disparaĂ®t presque entièrement.
Les enfants restent souvent en France.
Les amis vieillissent eux aussi.
Les voisins changent régulièrement.
Et lorsqu’un imprĂ©vu survient, il faut parfois tout gĂ©rer seul.
Les vacances ne ressemblent pas Ă la vraie vie
Beaucoup choisissent leur future ville après plusieurs séjours de quelques semaines.
C’est une excellente première Ă©tape.
Mais vivre quelque part douze mois par an est très différent.
L’hiver, certaines stations balnĂ©aires deviennent très calmes.
Certains commerces ferment.
Les touristes disparaissent.
Les activités diminuent.
Les journées paraissent plus longues.
Cette rĂ©alitĂ© peut peser davantage lorsqu’on avance en âge.
Les démarches administratives deviennent plus compliquées
Au dĂ©but, remplir quelques formulaires en portugais n’est pas un problème.
Mais imaginez devoir gérer plusieurs démarches administratives à 82 ans après une hospitalisation.
MĂŞme avec les outils de traduction, la fatigue, le stress ou une perte d’autonomie compliquent Ă©normĂ©ment les choses.
C’est souvent Ă ce moment-lĂ que beaucoup rĂ©alisent l’importance d’avoir un proche capable de les accompagner.
La santé évolue… et vos besoins aussi
Aujourd’hui, vous ĂŞtes peut-ĂŞtre sportif, indĂ©pendant et en excellente santĂ©.
Mais personne ne peut prĂ©voir l’avenir.
Un simple accident peut modifier totalement votre quotidien.
La question n’est donc pas :
« Le Portugal est-il agrĂ©able aujourd’hui ? »
La véritable question est :
« Le Portugal correspondra-t-il encore à ma situation dans quinze ou vingt ans ? »
Cette nuance change complètement la réflexion.
Les couples oublient souvent un scénario
Lorsqu’on prĂ©pare son dĂ©part, on imagine gĂ©nĂ©ralement que tout se passera Ă deux.
Pourtant, avec l’âge, cette hypothèse devient de moins en moins certaine.
Que se passe-t-il si l’un des deux conjoints dĂ©cède ?
Le survivant souhaite-t-il rester seul au Portugal ?
Aura-t-il encore envie d’y vivre ?
Pourra-t-il conduire ?
Continuera-t-il Ă parler portugais au quotidien ?
Autant de situations rarement évoquées avant le départ.
Le retour en France n’est pas toujours simple
Beaucoup pensent qu’il sera toujours possible de rentrer.
En théorie, oui.
En pratique, cela peut devenir beaucoup plus compliqué.
Après plusieurs années au Portugal :
- le logement en France a parfois été vendu ;
- les habitudes ont changé ;
- les enfants ont déménagé ;
- les prix de l’immobilier ont fortement augmentĂ©.
Revenir signifie parfois repartir de zéro.
C’est une Ă©ventualitĂ© qu’il vaut mieux envisager avant le dĂ©part plutĂ´t qu’en urgence.
L’importance du cercle social
Le climat fait beaucoup.
Mais il ne remplace pas les relations humaines.
Les premiers mois sont souvent enthousiasmants.
Puis la routine s’installe.
Si l’on ne construit pas un vĂ©ritable rĂ©seau d’amis, certaines personnes ressentent progressivement une forme d’isolement.
Ă€ la retraite, la vie sociale devient presque aussi importante que le niveau de pension.
Participer à des associations, pratiquer une activité sportive ou culturelle, apprendre le portugais ou rencontrer les habitants permet souvent de vivre une expatriation beaucoup plus épanouissante.
Lorsque le vieillissement s’accentue, il est important de vĂ©rifier si les solutions locales rĂ©pondent rĂ©ellement aux besoins du grand-âge. Entre le maintien Ă domicile, les services d’aide, les soins Ă domicile, l’intervention d’une auxiliaire de vie, des infirmiers, le portage de repas ou la tĂ©lĂ©assistance, les dispositifs peuvent varier d’une rĂ©gion Ă l’autre. En cas de maladie d’Alzheimer, de situation de handicap ou de perte d’autonomie, les aidants jouent un rĂ´le essentiel mais ont aussi besoin de pĂ©riodes de rĂ©pit et, parfois, d’un hĂ©bergement temporaire pour leur proche. Il est donc recommandĂ© de se renseigner sur les structures de gĂ©rontologie, les Ă©tablissements comme les EHPAD ou les maisons de retraite, ainsi que sur les dispositifs d’aide sociale, de compensation et d’accompagnement proposĂ©s par le Centre communal d’action sociale (CCAS) dans son pays de rĂ©sidence. Anticiper ces questions permet de mieux prĂ©server l’autonomie des personnes, qu’il s’agisse des aĂ®nĂ©s, des personnes handicapĂ©es ou de toute personne en perte d’autonomie, tout en facilitant le quotidien du bĂ©nĂ©ficiaire, de son aidant et des soignants.
Choisir un logement pour aujourd’hui… ou pour demain ?
La plupart des retraités choisissent leur maison selon leurs envies actuelles.
Vue sur la mer.
Grande terrasse.
Escaliers.
Jardin.
Piscine.
Pourtant, un logement idéal à 65 ans peut devenir contraignant à 82 ans.
Les spĂ©cialistes de l’immobilier recommandent souvent de rĂ©flĂ©chir Ă des critères de long terme :
- ascenseur ;
- accès aux commerces à pied ;
- proximitĂ© d’un hĂ´pital ;
- transports publics ;
- services médicaux accessibles.
Ces Ă©lĂ©ments paraissent peu importants aujourd’hui.
Ils peuvent devenir déterminants demain.
Le vrai luxe n’est peut-ĂŞtre pas celui que l’on imagine
Avant de s’expatrier au Portugal, les seniors ont tout intĂ©rĂŞt Ă se renseigner sur la fiscalitĂ©, le rĂ©gime fiscal, l’impĂ´t sur le revenu et les effets de la convention fiscale entre la France et leur pays d’origine. Au-delĂ des questions financières, il est essentiel d’anticiper le vieillir sur place : une personne âgĂ©e ou des personnes âgĂ©es dĂ©pendantes, atteintes d’Alzheimer, en situation de mobilitĂ© rĂ©duite ou handicapĂ©es, peuvent avoir besoin d’une aide Ă domicile, d’une allocation personnalisĂ©e d’autonomie (APA), d’autres aides financières ou d’un accompagnement en action sociale. Les rĂ©sidents et tout rĂ©sident français rĂ©sidant au Portugal doivent Ă©galement vĂ©rifier les conditions d’accès Ă l’assurance-maladie, les Ă©ventuelles possibilitĂ©s d’exonĂ©ration ainsi que les dispositifs proposĂ©s localement pour les personnes âgĂ©es. En cas de retour en France, le CCAS ou le Conseil dĂ©partemental peuvent accompagner les dĂ©marches liĂ©es Ă la dĂ©pendance, aux retraites, au maintien du lien social et Ă l’accompagnement des personnes âgĂ©es, qu’elles soient autonomes ou dĂ©pendantes.
Quand on parle de retraite au Portugal, on pense immédiatement au soleil.
Pourtant, avec les années, le véritable luxe change.
Ce n’est plus seulement de dĂ©jeuner face Ă l’ocĂ©an.
C’est aussi :
- trouver facilement un médecin ;
- avoir des voisins de confiance ;
- pouvoir compter sur des proches ;
- vivre dans un logement adapté ;
- conserver une vie sociale active.
Autrement dit, la qualité de vie ne dépend pas uniquement du climat.
Elle dĂ©pend surtout de l’environnement humain.
Faut-il renoncer Ă la retraite au Portugal ?
Absolument pas.
Des milliers de Français vivent une retraite heureuse au Portugal.
Mais les projets qui se passent le mieux sont souvent ceux qui ont anticipé les vingt prochaines années, et pas seulement les deux premières.
Avant de signer un compromis de vente ou de déménager définitivement, posez-vous cette simple question :
Si je ne pouvais plus conduire, monter des escaliers ou vivre seul dans quinze ans… est-ce que cet endroit resterait le bon choix ?
Cette interrogation paraît anodine.
Pourtant, elle peut faire toute la différence entre une retraite sereine et une expatriation qui devient difficile.
En conclusion
La plupart des articles consacrés à la retraite au Portugal parlent des impôts, du coût de la vie ou des plages. Ces sujets sont importants, mais ils ne sont pas les seuls.
Le vĂ©ritable enjeu est d’imaginer sa vie dans sa globalitĂ©. Une retraite rĂ©ussie ne se mesure pas seulement au montant des Ă©conomies rĂ©alisĂ©es ou au nombre de jours de soleil par an. Elle dĂ©pend aussi de votre capacitĂ© Ă rester autonome, entourĂ© et serein lorsque les annĂ©es passent.
Avant de choisir un pays, ne demandez pas uniquement : « OĂą vais-je vivre mieux aujourd’hui ? »
Posez-vous aussi cette question, beaucoup plus importante :
« OĂą serai-je le mieux accompagnĂ© lorsque j’aurai vraiment besoin des autres ? »
C’est probablement cette rĂ©flexion qui fera la diffĂ©rence entre un simple changement de pays… et une retraite vĂ©ritablement rĂ©ussie.
